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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Françoise Quardon

Exposition

du 30 mars 2000 au 30 mai 2000

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Catalogue


expositions personnelles « Take me to the river », Musée des Beaux-arts, Nantes, France, 1993 « The power of love », Nouvelle Galerie, Grenoble, France, 1995 « The day before I die », Henry Moore Institute, Leeds, Grande-Bretagne, 1998

expositions collectives « L’Art, le mot », Musée d’art contemporain, Lyon, France, 1993 « Made in France », Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, France, 1997 « Demeures », Musée Zadkine, Paris, France, 1999

exposition au Creux de l’Enfer « Pour un couteau » 12 février - 16 avril 1995


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 Françoise Quardon

du 30 mars au 30 mai 2000 Vernissage le samedi 19 octobre à 18h

Françoise Quardon née en 1961 à Nantes, vit à Paris, France

Françoise Quardon Ces larmes gelées sur l’âme soyeuse de la sculpture.

On dit que l’art minimal n’est pas sans relation avec l’austérité du mobilier Quaker américain, dans cette logique au propos inversé, le mobilier, le vestimentaire, l’atmosphère enthousiasmant des années cinquante pourraient bien aussi trouver des points de jonction avec l’œuvre de Françoise Quardon. L’artiste souffle ses émotions dans la sculpture comme une bulle de savon, elle exerce ses motivations sur la matière qu’elle va faire naître, détectant ainsi ses points de force, l’audace de son épanouissement formel et la limite de ses résistances. A l’opposé de la rétention matérielle et de la dissimulation conceptuelle l’œuvre de Françoise Quardon se déplie, se déploie et renvoie ses prodigalités formelles dans l’espace architectural, organique et végétal, elle s’offre de prime abord et avec bienveillance aux regards et aux perceptions marquantes du visiteur. C’est dans les qualités inhérentes au matériau même que l’artiste trouve les mots explicites et affectueux qui composent son vocabulaire singulier et crypté, mais qui n’en demeure pas moins compréhensible au niveau du sensible, un vocabulaire qui masque toutefois avec difficulté la part de tragique propre à l’adjectif de l’être déchiré dans son histoire personnelle. En effet, si les formes qui caractérisent l’œuvre sont baroques et loufoques, les lignes courbées, vrillées, alambiquées ; les textures soyeuses et brillantes, les méthodes féminines et familières, les couleurs franches ou saturées, les parfums suaves, entêtants, exubérants, les titres des œuvres n’en qualifient pas moins la charge d’essence âcre gelée dans l’âpreté de leurs âmes. “Paysage ruisselant”, “Lac lacrymal”, “Colonne de larmes”, autant de titres qui sont là pour rappeler que les mots soutiennent aussi un propos initial, et qu’ils ont pour vocation première de charpenter les finalités corporelles de la sculpture.

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oeuvre reproduite « Judith et Holopherne », 1995, résine, peinture, ampoules électriques, (détail) oeuvre produite par le Creux de l’Enfer

Beaucoup le savent, exposer au Creux de l’enfer n’est pas une bravade facile. Le lieu par essence est dur, son architecture vérifie la force de son histoire et se tient là comme pour en témoigner. Contrairement aux habitudes du centre d’art peu d’œuvres de cette exposition furent produites à Thiers, pourtant elles entretenaient toutes une liaison particulière avec le lieu, mobilier sculptural sophistiqué, hybridé et tissé dans les mailles du site. L’exposition dans son entier habillait de son humanité déclarée l’espace froid et humide du Creux de l’enfer. Avec “Les larmes de Milena” dès l’entrée de l’exposition, le visiteur rentrait dans un corps colossal comme dans une fable par une bouche à la mâchoire ouverte et à l’haleine parfumée, passant par l’étage et par la lumière il en découvrait son visage extérieur et sa face la plus souriante. Ensuite, et le plus souvent, il se réfugiait pour achever son parcours dans le sous-sol qui pour une fois était meublé, et pouvait ainsi vérifier ce que tout, dans cet ensemble construit en rhizome, laissait pressentir. Là chacun conjecturait qu’il s’insinuait sur le versant voilé, profond et inconscient qui sous-tend l’acte du souffle premier, l’herméneutique des symboles, et qu’il ne devait traverser ce rideau de porcelaine et de fragilité qu’en s’obligeant à davantage de délicatesse. C’est en se libérant de la brutalité de son quotidien existentiel, un passage initiatique dûment organisé, qu’il aborderait l’absolu nécessaire avant d’avancer dans le territoire tellurique et dans l’impénétrable de l’exposition. Étrangement, c’est ici que le visiteur aimait à se réfugier, et qu’il s’attardait dans le sous-sol installé ainsi que dans le ventre fameux d’une baleine d’un conte de fée, une salle d’où il ne s’extrayait qu’avec regret pour rejoindre le monde extérieur, et en se faisant à nouveau violence.

Frédéric Bouglé, 2000

 
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